Esben And The Witch

C'est en octobre 2010 qu'Esben and the Witch s'impose comme étant la nouvelle formation incontournable, LA découverte, grâce à son pétrifiant « Marching song ». Acclamé par NME, Pitchfork ou Q Magazine, le succès critique est incontestable. Un univers personnel, une atmosphère que certains disent surjouée. Elle me paraît tout à fait convaincante. Loin de l'indie british sans émotions ni originalité que paraît imposer l'époque, le trio de Brighton parie sur une carte sombre et sort des sentiers battus. La comparaison à Siouxsie et ses cris dérangés est facile, on s'essayera plutôt à un fin mélange entre voix enchanteresses des Cocteau Twins sur rythmes martiaux des These New Puritans. Esben and the Witch, c'est un peu comme une révélation. Tous les ingrédients sont là: originalité, novation, univers propre, magie, mystère, intrigue, visuels léchés et perturbants. En parlant de magie, Esben and the Witch est inspiré d'un conte danois à en glacer le sang des plus petits. Parsemé d'allusions obscures, la marche de la sorcière sublime nos tentatives de fuite.

 

VIOLET CRIES est viscéral et ses « voix métalliques », hypnotisantes. Dix morceaux hantés grâce auxquels Esben and the Witch écrit sa propre histoire, inspirée cette fois peut-être des jours de pluie et d'orages anglais, de ses journées grises et fantasmées. Entre rêve et cauchemar, le séjour proposé en ces territoires maléfiques ne se refuse pas. Dans un monde sans surprises, aux limites souvent bien tracées, voici une part d'angoisse faussement présenté sous forme de CD pour plonger trois quarts d'heure durant dans les esprits torturés de la sorcière et de ses acolytes. Tremblez de plaisir car malgré quelques instants de répits lors de "Marine Fields Glow" ou "Chorea", le séjour est généralement inquiétant, parfois pesant. De grands moments bien sûr avec le single  "Marching Song" ou le sublime " Warpath" et ses montées en puissance sonore irrésistibles, émotionnelles. On frissonnera de plaisir également avec "Hexagons IV" et ses bridges calmes, mélodieux, comme une reprise de souffle au milieu de toute cette ébullition. La voix de Rachel Davies est source de miracle. On la remercie de s'être tournée vers ce courant peu exploré, de goth ambiante, elle qui aurait pu réaliser un succès pop commercial.

 

« la musique est la langue des émotions »

 

Esben and the Witch redonnent un peu d'excitation au calme apparent de la musique actuelle, à cette mortification espérons temporaire de toute tentation nouvelle, de toute musique faisant se rencontrer sensations et bonheur inexplicable. Kant disait, « la musique est la langue des émotions ». Esben and The Witch s'y attelle le temps de ce VIOLET CRIES et crée son propre langage sonore. On se risquera à espérer du trio qu'il reste dans notre paysage audiovisuel pour des années encore, tant la beauté de l'oeuvre est intemporelle.

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