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Delorean

Subiza

Label: True Panther (distr. Musikvertieb)


POP Les quatre espagnols
de Delorean pouvaient-ils produire autre chose qu’un « album parfait pour
l’été » ? Avec quel horizon ? Ibiza ou la Louisiane ?

C’est de l’été 2009 que date notre découverte de Delorean avec
leur précédent ep: AYRTON SENNA . Et
tout de suite, ils s’étaient imposés en bonne place dans notre compil de l’été,
avec des tubes comme « Moonson », « Deni » et surtout
l’excellent « Seasun ». Il faut dire que cet ep marquait un tournant
dans la trajectoire de Delorean. En effet, si on n’entend parler d’eux que
depuis peu, SUBIZA est en fait leur
troisième disque. Mais les deux précédents ont été réalisés avec une formation
différente, beaucoup plus rock, voir carrément metal. C’est avec AYRTON SENNA  qu’ils s’essayaient pour la
première fois avec brio à un son beaucoup plus électro. La question est
maintenant de savoir s’ils peuvent réussir le passage au format album avec ce
nouveau son. SUBIZA accompagnera-t-il
notre été comme l’avait fait AYRTON SENNA ?

La chill-wave à la
sauce espagnole

La corrélation entre l’origine d’un groupe et son style de
musique demeure impressionnante. Ainsi les nordiques feraient de la musique
mélancolique et les espagnols de la musique de plage ? Cette corrélation
n’est bien sûr qu’en partie vraie, mais souvent utilisée par les critiques,
notamment américains, avides de causalités. Il n’empêche que l’endroit où l’on
vit a un impact sur la musique qu’on compose et qu’on écoute, et que SUBIZA est bel et bien un album fait
pour l’été. Dès la première chanson, « Stay Close », c’est un
déferlement de sons festifs, l’excitation monte très vite et on pense tout de
suite aux reflets sur la mer, à la sangria et aux nuits d’été sans fin. Le clip
de cette chanson représente d’ailleurs des jeunes à la bien au bord de la mer. Le
titre de cet album, SUBIZA , choisi
car c’était le nom du village de Navarre où Delorean l’a enregistré, fait un
écho ironique à Ibiza. Néanmoins, cette ironie n’est pas pur rejet, il ne
s’agit pas de conspuer la fête. Au contraire, chez Delorean, il y a même une
indéniable affiliation au fameux Balearic Sound, associé à l’île. C’est comme si,
Ibiza étant devenu la capitale des party beaufs et de l’électro pompeuse, il
fallait se réapproprier son esprit originel : la fête dans un décor
idyllique et la musique qui va avec.

Si on voulait catégoriser Delorean, on peut en gros les classer
dans ce qu’on appelle la chill-wave, dont les éminents représentants sont
Washed Out. On dénote également d’autres influences parfois proches de la
copie. Ainsi, les voix féminines dans « Real Love » ont des effets
souvent très similaires à ce que font Crystal Castles, tandis que sur le reste
de l’album, on pense souvent à Pictureplane. La ressemblance est criante dès
l’intro de « Stay Close ». Mais là, où la musique de ces deux
groupes, bien que festive, demeure sombre ou dérangée, le son de Delorean est
pur idyllisme. Aucune trace de cold
ici. Tout est direct, ce qui donne un album efficace et effectivement bon à
écouter avant d’aller se baigner, avec des bombes comme « Stay
Close », « Real Love » ou encore « It’s All Ours »,
variant légèrement mais appliquant toujours la même formule, lassante au bout
d’un moment. Delorean chantent en Anglais et font une musique proche de groupes
américains. Et puis ? C’est un fait, le mainstream anglo-saxon a conquis
le monde, que ce soit dans les domaines du cinéma, de la télévision et dans la
musique, au point d’être confondu avec la modernité même. Ce qu’il reste
possible de faire, c’est de se réapproprier ce mainstream, de lui voler ses
armes. Cela, Delorean l’a très bien compris, en pillant les artistes qui le
mérite (cette phrase est un double compliment). Ils jouent une musique
influencée mais la rehausse à leur sauce et ce qui plait le plus dans SUBIZA , c’est justement sa touche
espagnole, son côté Ibiza, un peu kitsch mais candide. C’est pour ça que la
meilleure chanson de l’album, c’est peut-être « Simple Graces »,
titre aux plus fortes touches ibériques, et dont l’intro fait tout de suite
penser à un autre barcelonais maître dans l’art de la réappropriation : El
Guincho.

Globalement on est tout de même un peu déçu par ce SUBIZA. Pas qu’il soit mauvais. Mais il
se passe pour Delorean ce qu’il s’était passé pour Passion Pit entre CHUNCK OF CHANGES et SISTERS : les chansons sont toujours assez bonnes mais le son
a beaucoup perdu de son originalité et de son inventivité. L’album s’avère vite
lassant. Pour notre compil de l’été 2010, on va donc remettre « Seasun »
et, pour faire exploser le déterminisme ethnique, on y ajoute les suédois de
Staygold et leur suintant « Backseat Love ».


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