mercredi , 19 septembre 2018
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Crystal Antlers

Tentacles

Musikvertrieb


Amateur de rock FM se dévoilant aussi facilement qu’une groupie ivre devant Jim Morrison, passez votre chemin. Après un premier EP produit par Ikey Owens, clavier des Mars Volta entre autres, Crystal Antlers sort son premier album, TENTACLES. Les instruments construisant ce groupe de Long Beach aux USA sont ce que l’on pourrait appeler de formation classique d’un groupe de rock – deux guitares, une basse, une batterie et quelques synthétiseurs – pourtant le résultat est tout autre. En effet, Crystal Antlers surprend par sa musique psychénergique, une dynamique très intéressante amenée essentiellement par la batterie et les synthés et par la voix hurlante de Johnny Bell. Dans la presque totalité de l’album la voix s’égosille s’amusant avec la rupture, se délectant de la saveur particulière de la limite entre la voix de poitrine et la voix de tête, à se demander comment il fait pour tenir en concert. Cette façon de chanter le rapproche du chanteur de Man Man, Honus Honus, sorte de Super Mario en version plus méchante et suante, même plus méchante que son double diabolique, Wario. Cette voix criarde mêlée à un jeu de batterie très séduisant possédant un lourd jeu de caisse claire – le tchak du poum tchak -, faisant parfois penser au batteur des talentueux Lightning Bolt, et aux sons psychédéliques des orgues-synthétiseurs, rend la musique très théâtrale et pénétrée d’images.

Ce côté théâtrale, accentué par la rythmique essentiellement ternaire, gorgé d’émotions fortes, rend l’écoute de l’album relativement violente et éprouvante. L’écoute n’est pas de tout repos. En effet cette musique ne se livre pas aussi rapidement qu’un adolescent lors de ses premières masturbations frénétiques, de plus elle possède tout au long de l’album un sorte de tension, d’instabilité assez jubilatoire, mais qui peut devenir pénible au terme d’un certain moment. Cela rend l’album très cohérent, orchestré par de longs tentacules sordides, le faisant presque ressembler à un très long titre se finissant par un énorme cluster de deux minutes.

La batterie et les synthés apportent une grande partie de la dynamique et de l’originalité de cet album. Pourtant les guitares, parfois mises quelque peu en retrait, ne sont absolument pas dénuées d’intérêts. Il suffit d’y prêter un peu plus d’attention pour qu’elles révèlent des riffs bien construits comme celui joué en intervalle de tierce pendant la chanson “Andrew”.

Voilà ce que peuvent créer six post-adolescents vénères en enregistrant avec assez peu de moyens en une semaine de nuits blanches à San Francisco. A écouter au moment décisif de faire un choix radical qui risque de changer le visage de l’existence, comme choisir entre s’engager dans une odyssée romantique avec une chèvre ou rester à la maison pour continuer à épier sa belle-mère par le trou de la serrure se mettre de la crème pour le corps dans la salle de bains.


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