dimanche , 18 novembre 2018
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Brian Wilson

That Lucky Old Sun

EMI


Vous est-il déjà arrivé d’aller dîner chez des connaissances et que ceux-ci vous mettent une musique de fond qui semble – justement – ne pas avoir de fond ? Vous vous êtes alors dit deux choses : soit ils faisaient cela car ils ne vous connaissaient pas bien et qu’il aurait été déplacé de leur part de vous balancer un bon petit Pantera de derrière les fagots (j’aurais pu dire Weezer, j’aurais pu dire Starsailor, j’aurais même pu dire Frank Sinatra qui reste tout à fait digne d’intérêt surtout dans ce genre de cas), soit les haut-parleurs vomissent cette soupe comme ils vomiraient n’importe quelle autre et, franchement, étant donné la qualité de la chaîne hi-fi, c’est bien dommage de passer ce genre d’infamies. Ils ont du fric, mais n’ont pas de goûts. Heureusement le pinard, lui, tient la route. Appelons cette catégorie de personnes les “sans-goûts”.

Ces gens auraient tout à fait pu vous passer du Brian Wilson. Jamais par contre, ô grand jamais n’auraient-ils sorti un PET SOUNDS. Mais voilà, comme notre prestigieux confrère Rolling Stone a nommé le méfait – appelé THAT LUCKY OLD SUN – album du mois, cela a du poids dans la balance des sans-goûts.
Mais, vous dites-vous, tout de même, l’homme était capable du meilleur… Certes, lecteurs, certes. Encore une fois, les musiciens sont bons, mais aucune inspiration là-dedans, aucune émotion, tout au plus un semblant des fantômes du passé sur “Good Kind Of Love” lorsque Sir Wilson sussure « (…) Just him and her (…) » on se dit « ah, ça sonne réchauffé mais au moins il y a ce petit goût de vacances qu’on aime retrouver ». Et patatras : « They have the good kind of love / good kind of love… » et du coup le titre atteint des sommets de niaiseries dont seuls nos amis américains ont le secret (encore que les Français sont assez bons pour ce genre d’exercices). Même chose sur “Forever She’ll Be My Surfer Girl” : on sent bien qu’il s’agit ici de l’homme qui était aux commandes des Beach Boys, mais ou bien il a un temps de retard (qu’un seul ?) ou bien il est limité dans son style, ou bien il pond ce que les sans-goûts attendent de lui. Au passage, il s’en met plein les fouilles, et Capitol est heureux de pouvoir enfin sortir l’album tant attendu de ce (désormais) vieux gâteux.

Probablement que la photo du milieu du livret résume parfaitement cet album : l’homme est resté assis là à contempler son rêve américain, pendant que celui-ci se détériorait petit à petit, que des propriétés se sont construites sur les collines de sa jeunesse (qu’elle était verte ma vallée !) et aussi pendant que, bien sûr, le monde tournait. Wilson, lui, restait là, désespérément seul, sans prêter une quelconque attention à ce qui pouvait bien se passer au-dehors de sa belle petite tête de Californien.


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