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Bad Bonn Kilbi: le triomphe

Retour sur l'édition 2010

Bad Bonn Düdingen / 26-29 Mai 2010


REVIEW La Kilbi, c’est déjà fini. Comme une impression que le festival fribourgeois aurait dû se dédoubler pour mieux apprécier chaque fait et geste. Où comment on ressort de cette 20ème édition totalement regaillardi par tant de bravoure et de bon goût. Un festival ne contenant que des concerts intéressants, est-ce encore possible ? Tentative d’explication.


Chaque année le même sentiment, la même frustration, celle de n’avoir pas réussi de totalement apprécier la Kilbi à sa juste valeur. Celle d’un festival d’exception, aussi rare que précieux, et qui n’est pas éternel, quand bien même certains évitent le sujet sur l’abdication de la part des parents du club relatif au festival, le Bad Bonn. En grand danger financier, la salle de concert ne supporte pas les multiples interdictions et coup bas adressés par la politique nationale en matière de santé (clopes, alcool et même jeux de hasard). Le mieux à faire pour sauver cette salle-institution, vieille de vingt ans, étant de se rendre sur son site et de signer la pétition contre sa fermeture (ou Facebook). Vingt ans pour le Bad Bonn, mais aussi vingt ans pour son festival annuel, la Kilbi disions-nous. A ce propos, on dit bien La Kilbi et non pas le Kilbi, ce mot relevant du suisse-allemand signifiant en gros le terme féminin kermesse. Et, forcément, il faut casser ce K et bien accentuer le R qui suit sa prononciation. Une fois ce défis réussi, ne reste plus qu’à explorer dans notre vaillante mémoire les hauts faits de ce festival. 

Grand écart

Si Aphex Twin a livré selon les dires de quelques proches un DJ set assez ahurissant, tout comme Health a planté le festival sur place jeudi dernier, le même soir que la venue des Touaregs de Tamikrest et du génie Bradford Cox – Atlas Sound, nous passerons sous silence les deux premières soirées. Malheureusement pour nous et pour vous, n’ayant pu se rendre dans la campagne fribourgeoise faute de temps. Remarquez, on s’en ronge encore les doigts, car l’affiche était déjà bien alléchante et aurait presque pu suffire à n’importe quel autre festival en quête de crédibilité… On se braque donc directement sur les soirées du vendredi 28 et samedi 29 mai, où le festival opérait véritablement son numéro de grand écart artistique, entre électro, jazz et punk. N’ayant pas peur de fracasser les styles entre eux, comme pour mieux apprécier la musique à sa juste valeur, les programmateurs de la Kilbi plaçaient durant ces deux derniers jours la moitié du groupe Sonic Youth, une collaboration impliquant les Young Gods, mais aussi Neu! et Portishead, chacun de leur côté. Avec Aphex Twin en ouverture royale de festival, une part de l’histoire vivante de la musique actuelle était à Düdingen ce week-end. Assez impressionnant tout de même…

Pour ainsi bien débuter ce long marathon de références illustres, on s’installe, un peu à la bourre, sous le nouveau châpiteau bien foutu abritant la grande scène, pour ainsi se réveiller les oreilles sur une prestation tip top des New Yorkais d’A Place To Bury Strangers. Défendant son récent album EXPLODING HEADS, le trio tourne sans fin, où l’on a notamment pu les voir dans des conditions drastiquement différentes en trois fois, entre scène impressionante à la Route du Rock de St-Malo en 2009 (lire l’article ici), configuration sombre à nous foutre la trouille au Romandie de Lausanne cet hiver, et en plein jour ici-même. Franchement, cette programmation n’était de loin pas idéale au niveau de l’impact visuel du concert, reste qu’il ne fut toutefois pas exempt d’intérêt. Et, sans la fumée et le non-éclairage inhérents à leurs concerts, on aura ainsi pu mieux se familiariser avec ce groupe sans concession. On notera notamment un “Deadbeat” renversant, ainsi qu’un “Keep Slipping Away” brillant. L’occasion aussi de voir à l’oeuvre un batteur carré à la perfection, infallible. Par la suite, on a tente l’accès risqué à la salle du Bad Bonn pour assister au concert punk d’Electric Eel Shock, en provenance directe de Tokyo, sans résultat vraiment concret. Dommage, mais la suite de la soirée n’est de loin pas terminée, même si le concert de Rother / Shelley / Mullan nous laisse sur notre faim. Comprenez: quand un membre de Neu! et de Sonic Youth fusionnent le temps de deux soirées (une à Dündingen, l’autre à la Primavera), on ne peut que s’attendre à de l’exception. On ressort de ce concert tout de même déçu, comme une impression de déjà entendu. Des rythmes tendus, tenus par une batterie droite ainsi que des sons électroniques, sans véritable âme, un peu trop polis pour vraiment enthousiasmer. Entendu dans la foule: “Messieurs, tous mes respects. Mais qu’est-ce que c’est chiant”. Dommage. A l’opposé, la venue du Sun Ra Arkestra (photo ci-dessus) a consacré toutes nos espérances. Dirigé par Marshall Allen, c’est une dizaine de musiciens qui ont respecté le précepte de Sun Ra à la lettre: “Space is the place”. Une heure et quart durant, du Jazz de haut vol a transfiguré la tente de la Kilbi et ses nombreux spectateurs (la soirée étant sold out). Après, ce n’était tout de même pas l’Auditorium Stravinsky de Montreux… Il a toutefois plané sur Düdingen un peu de Harlem et d’Alabama (terre d’origine du compositeur) en ce vendredi soir. Le concert du festival ? Sans aucun doute pour les amateurs, peut-être pour les larges d’esprit et sans doute pas pour les fans d’Hot Chip (photo ci-dessus),  succédant à l’orchestre spatial sur la grande scène. Au programme, un live facile, comprenant pour sa majeure partie des morceaux du nouvel album, le très putassier ONE LIFE STAND (avec un “Thieves In the Night” assez bon. Pour le reste…). On retiendra d’excellents titres de l’ancien album, MADE IN THE DARK, notamment “Hold On”, mais on notera surtout que les Londoniens ont perdu leur avance en matière de pop exhubérante et métissée. Un show convenu, un concert correct, sans plus.

Wolf Parade: la bonne affaire du week-end

Dans le même style, on attendait aussi de pied ferme la venue des dingues de Yeasayer le lendemain, samedi 28 mai. Leur album ALL HOUR CYMBALS nous avait totalement emballé en 2007, avec une poignée de titres déments. Cette année, la sortie d’OLD BLOOD nous avait pourtant laissé totalement dubitatifs quant à leurs prétentions. Yeasayer a-t-il perdu la boule? Où sont des titres de la qualité des anciens “2080” ou “Sunshine” ? Où est cette pop luxuriante, belle et intelligente ? Comme l’impression que le trio augmenté en sextet sur scène aurait été violé, ne recrachant que du vulgaire sur son nouvel album. Ca se discute: le chant alterné des trois membres new-Yorkais ressemble plus à une prestation de simple orateur R&B actuel. Ok, mais où est l’intérêt? De fait, autant dire que “Ambling Alp” et compagnie, ce ne fut pas du tout notre tasse de thé. Au contraire, les vieux titres nous ont enlevé tous les mots de notre bouche. Parfaits. Trop parfaits pour songer à ce deuxième album bof bof? Tristesse chez les suiveurs de ces jeunes gens… Et espérance d’un sursaut d’orgeuil futur. On n’en dira pas autant de la prestation revigorante de Wolf Parade (photo ci-dessus), sans doute la bonne surprise de ces deux jours. Avec un chant partagé entre deux séries de cordes vocales, le groupe montréalais a confirmé tout le bien que l’on pensait d’eux sur album, et même plus. Pouvant être comparé aux non moins géniaux Sunset Rubdown (lire la chronique ici), ces Canadiens ont joué en avant-première des morceaux de leur nouvel album à sortir à la fin du mois de juin, EXPO 86. Entraînants, enthousiasmants et convaincansts. Wolf Parade: la bonne affaire du week-end. A l’affiche de cette dernière soirée d’une Kilbi triomphante, on notera la prestation remarquée de la régionale de l’étape Kassette, tout comme des Young Gods, entourés de Koch-Schütz et Studer.

Ne pensez pas que la guitare en “Une” n’était qu’un prétexte pour illustrer la présence du guitariste de Sonic Youth. Non, cette guitare était tout simplement celle utilisée par un des membres des Wolf Parade; cela nous permet aussi de faire le lien avec la prestation bluffante de Lee Ranaldo (photo ci-dessus). Une ode à sa Fender Jazzmaster, une déclaration d’amour aux sonorités essentielles d’une 6-cordes. Sa guitare accrochée au plafond par un jack, un archet, et des boucles perforantes, des accroche-coeurs définitifs. Une prestation de 30 minutes brute, élargissant encore un peu plus le spectre musicale de la programmation totale de la Kilbi. Ranaldo tourne autour de sa Fender, l’épie, la heurte, la fait flotter et en ressort des sons provoquant une atmosphère apocalyptique idéale. Un grand moment de cette 20ème édition (pour mieux saisir la chose, voir la vidéo ci-dessous). Il a fallu prendre ses marques rapidement dans la petite salle du Bad Bonn, aux proportions parfaites pour accueillir ce grand monsieur. On aura cependant du abréger notre présence au concert de Wolf Parade tout comme on n’aura pas pu se projeter totalement dans le concert suivant, celui de Beak>, composé notamment de la tête pensante des Bristoliens de Portishead, Geoff Barrow. Prestation apparament brillante, quand bien même on n’y était pas totalement, encore renversé par le concert de Ranaldo. Zut. Reste qu’on a tout de même l’impression que c’était le concert estampillé “super groupe” du week-end. Pour terminer la soirée, on a vidé ses dernières ressources devant le show des Veveysans de Solange la Frange. Avec à la basse, un Luca Manco des grands jours, faisant le spectacle sur l’instrumental “Morse”, répondant du tac au tac aux coup de poings de Tristan Basso, aux rythmes du démon. Ce concert de clôture de festival aura aussi vu la folle leader du groupe, Julie Hugo, passablement éreintée par sa présence durant les quatre jours de festival. Oui, au Kilbi, même les héros sont fatigués après une telle affiche. On s’y livre corps et âme. Généreuse, elle n’aura pas pu transcender un live des SLF qu’on jugera bon, sans plus. Mais la barre était placée tellement haut cette année…

Pour toute les photos et vidéos de la Kilbi, rendez-vous ici

Photographes:

Wolf Parade, page d’accueil: Gaëtan Seguin & Guillet Arnaud (site)

Sun Ra: mwae (site)

Wolf Parade: Patrick Principe (site)

Hot Chip: Tomas Wütrich (site)


Un commentaire

  1. Re:
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