dimanche , 18 novembre 2018
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Guns N’ Roses

Chinese Democracy

Universal


Pourquoi cet album ? Parce qu’Axl W. Rose y a toujours cru. Ou peut-être est-il trop attaché à ses rêves et à ses gloires passées. Et aussi parce que cet album était prévu, sa sortie écrite et que le rouquin n’allait pas ainsi baisser les armes. Et, surtout, ses ex-compères ont déjà sorti deux brûlots bien rock’n’roll. Il n’aurait pas supporté l’humiliation de la comparaison, du coup il change de formule, retarde l’album, retravaille tout, bosse comme un fou. On balance tout et on recommence. Voilà une des raisons (parmi tant d’autres) qui ont poussé les autres gunners à quitter le navire (à part Dizzy Reed, présent sur quelques morceaux). Cet album n’est pas un album des Guns N’ Roses, tout le monde s’en doute. La question est de savoir ce que ça va donner. Après tout, on l’a tous remarqué il y a fort longtemps, Axl, bien qu’invivable semble-t-il, est talentueux.

La première question qui se pose une fois l’album arrivé à son terme est : « Mais où est passé la rage ? Bon Dieu, Rose serait-il devenu un jet-setter ventripotent doublé d’un flemmard ? » Probablement pas. Mais comme chacun le sait, le mieux est l’ennemi du bien, et peaufiner un album pendant dix ans dénature l’album de son essence première. Que reste-t-il alors ? Sa voix, inimitable, qu’il pousse en avant en pensant nous servir ce que nous attendions. Hélas ! Celle-ci ne fait que souligner l’absence des chouettes idées qui ont fait le succès du groupe. Les musiciens ici sont bons, certes, mais leurs notes sont trop léchées, cela ne paraît pas sincère. Côté production, Andy Wallace (Reign In Blood de Slayer, Nevermind de Nirvana, le premier album de Rage Against The Machine, le Chaos A.D. de Sepultura, mais aussi le Grace de Jeff Buckley ou encore Natalie Imbruglia – donc un maître en la matière) fait un job on-ne-peut-plus-pro, mais ô combien scolaire. Aucune prise de risques… On se demande bien pourquoi, connaissant le leader des Guns !

Et si nous passions les titres en revue ? “Chinese Democracy” est probablement le meilleur titre de cet album. Il est parfait en ouverture, il laisse présager d’une bonne suite. Bien sûr, en tant que premier titre de l’album, c’est celui qui étonne, car première entrée en matière. Plus loin, en quatrième position, un échelon casse et on manque de perdre l’équilibre avec “Steet of Dreams”. Le piano qui a contribué au succès de G’N’R est ressorti. Il y a comme des étranges consonnances de  “Yesterday” ou “Estranged”. Mais sans la magie et avec un côté tout de même un peu gauche. deuxième écoute, et on se dit qu’en un mot comme en cent : c’est pourri. “If The World” provoque la glissade : sans doute la ménagère dira à son ado de fiston que « c’est joli cette musique, un peu rock mais pas trop méchant », l’adjectif « méchant » comprenant également Linkin Park et consorts.

Puis on essaie de se rattraper pour éviter la chute, mais l’on se tord le poignet sur l’intro de “Scraped” : les gémissements ridicules d’Axl font tout bonnement penser à du Mariah Carey. Alors on lâche prise sur “Riad N’The Bedouins” où l’on ne sait trop si les paroles sont vaguement racistes ou non. Quoi qu’il en soit, celles-ci sont très simplistes, limite adolescentes (du genre « Riad N’The Bedouins had a plan and thought they’d win / But I don’t give a fuck ‘bout them / Cause I am crazy »). Dans le début de la chute, on regarde vite le sol pour estimer la hauteur. C’est haut. Très haut… La soupe tiédasse de “Sorry” est vraiment, vraiment indigeste. Il semble bien que ce texte soit un règlement de comptes envers ses ex-compères – tout comme “There Was A Time” qui, d’ailleurs, ne parle probablement pas d’une fille mais bien d’une confiance brisée. Le pauvre goret hurleur s’invente des histoires auxquelles il croit – on appelle ça la mythomanie – ce qui ne semble pas être nouveau. On tombe toujours…

Dans les chutes ou les accidents, il semble parfois que tout va au ralenti. “Madagascar” nous offre ce sentiment : tiens, il y a un sample de “Civil War” sur ce titre. Voilà, c’est tout. “This I Love” est d’un ennui profond. Et en plus on s’est cassé les deux jambes et les deux bras dans la chute… Mais “Prostitute” porte le coup de grâce : c’est l’échelle qui nous tombe sur la gueule, comme si cela ne suffisait pas. N’y avait-il donc que Slash, Izzy, Duff et les autres qui savaient retranscrire ce qui se passe dans la tête de Rose ? Finalement, et pour la petite anecdote : les pantalons en cuir sont has-been, Axl l’a bien compris. Ce qui expliquerait les remerciements à Donatella Versace. Remerciements placés avant ceux destinés au producteur… Il semblerait qu’il manque un ingrédient à la formule magique…


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