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C’est l’Hiver! Festival

Morgins, samedi 6 décembre 2008


L’hiver c’est aussi rock’n’roll, et l’équipe du C’est l’Hiver! Festival Morgins (CHMF) a bien pigé qu’en Suisse, c’est à cette saison que ça bouge sur nos hauteurs. CHMF, ce sont des jeunes, allant d’un politicien au leader des Mondrians, qui aiment la musique, comme vous, comme moi. Pour cette sixième édition, la seconde qui cartonne réellement, l’affiche fut garnie de saveurs diverses : The Shed’s pour la touche locale, les Molly’s comme met à la française, The Draytones comme appas british, Trust (ouais, les vrais) pour pimenter la soirée, Dj Biscuit et les Cassosses pour la spécialité neuchâteloise, le tout assaisonné de quelques amuses-bouches des Ouais pour décontracter le tout. Deux grandes têtes d’affiche donc, avec les très kinksiens Draytones, équipés d’un premier album, Up In My Head, aux sonorités psyché-douces et garage à la fois, et bien sûr Trust (ouais, les vrais), peut-être la seule véritable légende française de hard rock, surgie tout droit des 70’s avec leur hymne hérissant "Antisocial". Certes, ce n’est pas The Hives ou The Raconteurs, mais on a ce qu’on peut avec le budget qu’on a, et puis, cette variété d’esprit, ça promet quand-même !

19 heures, ouverture des portes. Ce n’est pas le rush, mais déjà quelques grands fans de Trust, pour la plupart de France voisine et la quarantaine chantante, sont sur place, aux aguets, ayant presque peur que tout cela ne soit qu’un gag, s’inquiétant déjà : « Une salle presque vide pour Trust ! Non mais c’est pas possible ! », entend-on dire. Surtout qu’avec une entrée à 15.-, pas vraiment onéreux donc, on peut s’attendre à quelques coups de coudes à l’entrée : ouais mais voilà, on est à Morgins, 1400 mètres d’altitude au compteur, pas vraiment d’alternatives logement et pas moins de 80 cm de neige tombée la veille. Faut pas être frileux.

Vers 20h, les Shed’s commencent leurs litanies, devant un parterre parsemé de t-shirts Trust et des potes dudit groupe. Les gars du village en sont encore à l’apéro, cette clique ne se pointera pas avant 22h, c’est ça l’esprit pépère suisse. Tandis qu’on s’énerve déjà au bar, les Shed’s produisent leurs compo mi-folk, mi-punkettes sur la plus grande scène qu’ils n’aient foulée jusqu’alors. Mystère sur leur aisance scénique, mes yeux rivés sur la ligne des 4cl des verres de suze-limonade, mais mes oreilles sont aux aguets : deux ans d’activité et moult changements de membres après, de grands progrès sont constatable de la part de ce jeune groupe, surtout pour la voix. Des instruments bien gérés et des envolées rythmiques bien plaisantes. Néanmoins, les compos étant déjà, à la base, très calquées sur le modèle des Doors, le chant en rajoute une couche en semblant imiter, le trip en moins, celui de Morrison. Progrès donc, mais manque toujours cette touche d’originalité qui les démarquera du tout, ce style personnel nécessaire pour sortir de l’ombre musicale.

Parallèlement, la salle se garnit, mais reste encore bien aérée quand c’est au tour des Molly’s de faire le jeu : second concert sur sol helvète, après leur prestation appréciée lors d’une soirée Times For Heroes à Lausanne, il y a de ça déjà deux ans, on ne rajeunit pas. On attend donc de voir l’évolution, après un EP sorti début mars et une rencontre avec le Black Rebel Motorcycle Club. Car les dernières productions des quatre mecs d’Amiens (eh ouais, on boude l’inventaire infertile des groupes pseudo-rock parisiens) sonnent méchamment comme quelques œuvres récentes du trio américain. Sur scène ? Une peu de surenchère gestuelle et sonore : « Un groupe de stade » j’entends dire. Pas faux. Il est vrai que les compos tubesques à la "Feelin’ Satisfied" s’étalent en long et en large, comme un hymne de supporters, la virilité en moins. Succès chez les jeunes filles. Les Molly’s, c’est de loin pas le délit de sale gueule, mais le délit d’une pointe de disgrâce ; si certaines anciennes compositions gardent cette touche authentique et décalée de leurs débuts, leurs nouvelles visent trop haut, se dépêtrant dans un style de surface, bien moins lancinant. Une évolution à la KIngs of Leon, dégringolant de "Molly’s Chambers" à "On Call", si on veut illustrer par le haut.

L’heure H est arrivée pour beaucoup dans la salle, maintenant pleine à craquer ! Trust (ouais, les vrais), toute l’équipe, entre sur scène. Voici le fameux Bernie Bonvoisin ; on a du mal à le reconnaître si l’on se base sur les traits du jeune virevoltant dans le vidéo-clip d’"Antisocial", mais il aura tôt fait de nous démontrer que la même détermination l’anime toujours. Trust joue fort, très fort. Bon sang, un son excellent ! Du jamais vu dans cette salle polyvalente, leurs techniciens ont fait du bon boulot. C’est parti pour plus d’une heure et demie de Trust : on apprendra plus tard qu’il s’agissait d’un concert en version courte… Les titres s’enchaînent efficacement, le groupe a une mécanique bien huilée et le Bernie assure l’animation avec brio, courant et parcourant la scène sans relâche. Même s’ils ne sont de loin pas des rigolos, beaucoup de titres m’ont forcé le sourire, comme quand s’entonne "Parmi Nous" ou encore le discours justificatif de "Promesse Osée", refrain anti-Sarkozy. Ça c’est du groupe engagé.

Une heure trente, c’est quand-même long pour moi : même si les fans assurent que c’est un excellent concert et que les coups d’éclat du groupe et du premier rang de la fosse ne baissent pas d’intensité, je suis partisane du "les meilleurs moments ont une fin”. Ça ne s’essouffle pas, mais ça peut lasser, mais j’ai bien à faire au bar, la venue de Trust ayant gratifié le festival du statut « complet », jamais atteint jusqu’alors ! Et puis, on attend le tube, un peu le “pourquoi on est là”, ledit Antisocial. Qui sera évidemment le dernier morceau, foiré d’abord, puis repris avec brio, s’éclatant contre nos tympans. Même si on ne s’est pas pris une claque musicale avec Trust, on s’est bien éclaté. Et c’est l’essentiel.

Pour ma part, j’attends encore mon chouchou de la soirée : The Draytones. Appréciés il y a deux ans à Londres alors qu’ils étaient encore un trio, les Draytones charment par leur touche 60’s très prononcée, sans pourtant avoir un goût vieillot. Avec un synthé en renfort, le récent quatuor argentino-anglais ne donne pas souvent de concert hors de leur île britannique : c’est dire que, pour tout fan de bon garage, il ne fallait pas rater cette soirée, le groupe étant de plus sur la pente ascendante du succès. La salle s’étant bien évacuée depuis la fin des esclandres de Trust, je prends mes clics et mes claques direction les premiers rangs du public. Les londoniens nous abreuvent des premiers titres garage-rock qui ont fait leur succès : voici "Time" et leur meilleur morceau, "Keep Loving Me", deux titres absents de leur album, certainement pour une histoire de droit. Mais ils défendent allégrement leur galette : "Don’t Talk To Me" ou "Turn It Down" sont d’autant de titres obsédants, très proche du charme des Nuggets. Le public goûte, le public aime, et je suis bien aise de le comprendre. Seul regret : à côté des longueurs de Trust, le concert des Draytones a semblé bien court.

La réussite tant attendue pour ce petit festival des montagnes a donc enfin été de mise pour cette sixième édition. Et l’on espère qu’avec un budget 2009 bien mieux garni, l’équipe du CHMF nous réservera une nouvelle édition tout aussi grandiose et grisante


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