mercredi , 19 septembre 2018
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Filth n’Dirt

Electron Festival, Genève, 2008


"Non, cette fille n’est pas une blanche colombe…"
Filth n’Dirt, "White Pigeon"

Solange la Frange s’est envolée depuis longtemps déjà et sous la moiteur fétide qui s’installe dans la salle de concerts du Zoo/Usine vers minuit ce soir-là, la vague d’incrédulité qui s’est emparée du public se lit sur les visages. Où sont donc les maîtres incontestés de la soirée, le combo détonnant et hétéroclite au possible, les trois pieds-nickelés rois du groove? Les musiciens à l’allure de narco-trafiquants mexicains qui ont secoué la Fête de la Musique à Genève l’année passée? Où sont Filth n’Dirt? Où est Paris the Black Fu, le prêtre fou, où sont Lad le guitariste rageur et Dave le sorcier maniaque? Pourquoi l’enfer ne s’ouvre-t-il pas sous nos pieds, qu’on en finisse une bonne fois pour toutes? Il fait chaud, tellement chaud.

Soudain, Paris the Black Fu débarque nonchalamment sur la scène, affublé d’une improbable perruque afro ayant connu des meilleurs jours et qui lui tombe littéralement sur le visage, une bouteille de tord-boyaux fermement empoignée, et balance la sauce techno sur son laptop (mais comment fait-il donc pour y voir quelque chose?). On sent que ça va être du lourd et qu’il va faire vraiment trèèès chaud. Les passagers pour le vol direct chez la grande prêtresse Mambo ont intérêt à attacher leurs ceintures et prévoir des éventails!
Très vite, la magie sulfureuse de cet indéfinissable cocktail de techno, de «voodoo-funk» et de rock, voire de new-wave s’empare des corps et les filles se déhanchent fébrilement sous les assauts du très strident et quasi cacophonique «I81U812», les seins tellement collés par la sueur à leur soustif qu’un mouchoir n’y pût passer! Cette ambiance de jungle sauvage, putréscente et de sexualité débridée va d’ailleurs caractériser tout le concert. Dès l’apparition de Lad (portant, lui, perruque blonde «avec mulet s’il vous plaît», le faisant ressembler à un viking bourré) et de ses riffs mortels, le public ravi entre littéralement en transe, faisant monter l’échelle du groove d’un cran encore. Se succéderont, sous la houlette de Dave the Hustler, timide derrière ses consoles malgré sa science indéniable et surnaturelle des breaks et sa voix feulante et sexy, des morceaux d’une inventivité rare, fourre-tout véritable des musiques de demain, faisant parfois penser à Frank Zappa (pour le côté expérimental) ou à George Clinton et Funkadelic (pour le côté barré). La folie prophétisante de la voix de Paris the Black Fu et la guitare de Lad, contrebalancés brutalement par des samples électro euphorisants («Go Ahead», «White Pigeon», futurs tubes !) impriment à l’ensemble du concert la sensation graisseuse d’un blues contre-nature qui se serait perdu dans une orgie dionysiaque, capable de faire se remuer le popotin des plus nazes! Il serait d’ailleurs intéressant d’observer si un pic des naissances ne se produit pas neuf mois après chacun de leur concerts…

Affaire à suivre de très près, donc, et sortie de l’album prévue pour cette année!

Lien vers leur site officiel

Photos ©Patrick Gilliéron Lopreno

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