mercredi , 17 juillet 2019
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Babyshambles

Shotters Nation


À peine deux ans après Down in Albion, le poète-junkie ou le junkie-poète – comme on veut – revient avec son nouveau groupe, sans sa petite amie Kate et un nouvel album. Pete Doherty a souvent choqué, provoqué, plongé (dans la drogue ou en prison), a parfois déçu ses fans venus le voir en concert alors qu’il n’y était pas, ou ceux qui espéraient que les Babyshambles aurait la qualité des albums libertiniens. Ici, Pete fait un retour en force avec Shotters Nation. Après tout, on ne peut pas lui en vouloir de faire n’importe quoi avec sa vie. On est rock ou on ne l’est pas. Et après un album comme celui-ci, tout est pardonné. Tous les désespérés de la séparation des Libertines vont retrouver le sourire. La tristesse va bien aux poètes. Doherty en est incontestablement un. Cet opus est une pure merveille de rock des années 2000, bien dans son époque, et tributaire de tous les grands de l’indie. Tout y est, à la fois la musique, entre alternative et mélodieuse. Les paroles, pleines de mélancolie et de douleur, de douceur et de souffrance. Au moins, avec ce recueil de poèmes en chansons, on se souvient qu’avant de défrayer la chronique, Pete est un musicien, un poète maudit, un artiste, quoi ! "Carry On Up The Morning", ou comment fermer les yeux, et se retrouver quelques années en arrière à découvrir Pete et Carl. Un premier titre qui oscille entre ballade et vrai enchantement rock. Une batterie super dosée, une guitare contrôlée mais pas trop (faut pas pousser). "Delivery", premier single que vous avez déjà pu entendre. La voix droguée et finalement sexy de notre rêveur, sa guitare, ce style, tout y est pour remplacer l’immense "Fuck Forever". Au-delà même, on sent que les Babyshambles sont un groupe et non plus seulement des faire-valoir du leader. Et c’est bien de le rappeler.

"You Talk", écrit en collaboration avec Kate Moss. Ça, on le voit que parce qu’on y parle de chaussures et question mode, Miss Moss est une référence. Rythmé et plaisant, ce morceau n’est pas le meilleur de l’album mais donne la pêche, donc pourquoi se priver ? "UnBoliTitled", emprunt d’une grande nostalgie et de souffrance exprimée, amène un grand bol d’air poétique et de tristesse dans un ensemble pas toujours retenu. Destination ailleurs (même si on ne sait pas trop où) avec "Side Of The Road", et balancement presque blues parfois. On atteint des sommets de rock qui ne sont pas sans rappeler des accès de Clashitude… "Crumb Begging Baghead", dans la lignée logique de ce qu’on connaît déjà, et d’ailleurs, ce n’est pas très éloigné de "The 32d of December" de Down in Albion. Retour de la douceur avec "Unstookie Titled". "French Dog Blues" est un héritage du rock original, dans la splendeur des années 60, des Kinks, des Who. "There She Goes", tout en retenue, tout en charme, tout en poésie. Un titre qui ne ressemble à aucun autre du répertoire de Doherty, mais dont les accents semblent déjà connus. Epatant ! "Baddie’s Boogie", un classique de Babyshambles, sauf qu’assez optimiste et revigorant. "Lost Art Of Murder" commence à la guitare sèche, entre espagnole et californienne. Chuchotements, moues, et douleur. "Lost Art of Murder" raconte avec justesse et charme que briser un cœur, c’est un meurtre… Cela sent le vécu… Si Down In Albion a fait un bruit retentissant à sa sortie, déchaînant des passions contradictoires, Shotters Nation est un petit bijou qui restera longtemps dans les mémoires, à la fois de ceux qui soutenaient le talent de Pete Doherty, et de ceux qui vont désormais devoir les rejoindre.


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