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Spoek Mathambo en interview

En Interview

INTERVIEW Vautré dans un fauteuil beige de l'Hôtel Cornavin, lunettes à soleil aguillées sur le bout du nez, Spoek Mathambo fixe le défilé de clients dans le hall. Presque en habitué. Il y a deux semaines, le Sud-Africain s'est produit pour la troisième fois à l'Electron Festival, étrennant son nouvel album solo. Dans une patinoire des Vernets comble et surchauffée, l'artiste a embrasé la scène de son énergie folle, pas loin de rappeler le garnement Tyler The Creator, jeune emcee d'OFWGKTA. Galette autant éclectique qu'électronique, MSHINI WAM s'affirme par ses influences. Sur ce disque ténébreux où une kalachnikov s'affiche en couv', Spoek Mathambo s'offre même le luxe de reprendre Joy Division, dans une grande expulsion mystique. Rencontre avec ce personnage iconoclaste.

 

Lords : En 2009, tu étais déjà de passage à l'Electron, mais avec Playdoe. Depuis, tu t'es lancé dans de nouveaux projets, dont un album solo. Où trouves-tu l'énergie?

Ca ne me prend pas trop d'effort, c'est ce que je veux faire.

 

 

Comment fais-tu pour gérer tout ça dans ton esprit?

Avec mes deux groupes précédents (ndlr Sweat'X et Playdoe), je faisais de la musique plus en relation avec ma jeunesse. J'ai commencé à rapper à l'âge de 9 ou 10 ans et mon gros truc, c'était le rap US. En grandissant, j'ai goûté à d'autres genres de musique, genre abstract, du jazz et de l'electro aussi. Puis j'ai touché à des choses plus progressives, du genre post-hip-hop, où l'on retrouve largement les influences de ma jeunesse. Avec Sweat'X, je voulais faire quelque chose de différent et de très particulier, basé sur la dance music. Playdoe, c'est toujours très particulier, mais avec des origines différentes. Mais, en parallèle, j'ai toujours écrit des chansons, qui ne collaient pas trop avec ces groupes-là. C'était plus personnel, d'où mon projet solo. Et, lorsque le bon moment s'est présenté, je me suis lancé, car c'était juste ce dans quoi je voulais m'investir à ce moment-là.

 

 

Tu as grandi dans le ghetto de Soweto, avant de déménager dans un quartier plus aisé, à Sandton. Le changement a dû être difficile pour toi…

Lorsque je suis né en 1985, il régnait une grande violence en Afrique du Sud. On était au tout début de l'état d'urgence, il y avait des tanks dans les rues. Il y avait une véritable occupation de la part de l'armée, avec des combats, des massacres. C'était la folie! Au même moment, tous les gosses s'éclataient sur leurs BMX et en jouant au foot. Dans les communautés, il y avait une ambiance incroyable. Avec ma famille, nous avons ensuite quitté Soweto. Nous sommes passé d'un environnement vibrant et soudé, à quelque chose de très calme. Partout il y avait des murs, on ne connaissait pas nos voisins. C'était violent. Mais mes frères et soeurs, tous plus âgés que moi, m'ont beaucoup aidé.

 

 

 

 

Qu'est-ce que tu écoutais à l'époque?

On regardait cette émission TV, le top 20. TOP TWENTY (il imite le générique). Alors en 1991, Public Enemy était banni, comme beaucoup d'autres choses dans le pays. Peu de titres hip-hop arrivaient jusque chez nous, pas parce qu’ils n’étaient pas distribués, mais en raison de leur interdiction. Un jour, tout a changé. Enfin, ça a pris des années. Le rap est donc débarqué, dans le générique, il y avait un morceau de KRS-One. On a aussi découvert LL Cool J ou Run DMC. C'est le genre de musique que j'écoutais à six ans.

 

 

Et par la suite, tu as aussi commencé à enregistrer ta propre musique…

C'était bien plus tard. A Sandton, mon voisin avait juste un petit enregistreur cassette. On enregistrait des beats directement depuis la radio, puis on chantait sur ces sons. Et ça nous arrivait aussi de voler des paroles (rires).

 

 

Sérieux?

Mon cousin disposait d'une connexion internet, bien avant tout le monde. On allait sur des sites et on copiait juste les derniers mots de chaque ligne de chant. Genre: chain-game-fame. Puis on remplissait les trous.

 

 

 

 

Votre enfance à Soweto a-t-elle influencé votre musique?

Pas vraiment. Ma musique illustre autant la déconnexion et la connexion que j'entretiens envers mon pays. Tu vois où je veux en venir? Elle ne dit donc pas forcément d'où je viens.

 

 

Comment décririez-vous ce que vous faites?

New south african music. Je suis un artiste sud-africain et j'essaie de faire quelque chose de progressif.

 

 

Vous êtes connu pour vos concerts fous, pourtant votre nouvel album apparaît beaucoup plus obscur. Pourquoi avoir adopté cette nouvelle posture?

Je crois que ma période délire est juste terminée et je souhaitais me rapprocher de mon pays. Sur place, c’n’est pas vraiment la joie, alors t'imagines bien que faire des gigeli, ça le ferait pas trop. Je me suis d'ailleurs passablement inspiré de la new south african music pour cet album. De la musique pour faire la fête, mais terriblement sombre. Dans cette musique, je perçois aussi des accents de post-punk. Mais ça ne nous empêche pas de nous éclater et de danser.

 

 

 

 

C'est aussi plus personnel pour vous…

Dans mes précédents projets, on collaborait à 100%, mais là, je n'ai plus besoin de trouver de compromis. Je fais exactement ce que je veux. C'est cool!

 

 

Le nom de ton album se rapporte à une célèbre chanson de l'ANC (African National Congress). C'est un symbole…

Je trouvais intéressant de s'adresser aux gens de la sorte. La chanson a des références multiples, puisqu'elle signifie "Ma machine". Il peut s'agir de l'outil de production, mais aussi de l'arme (ndlr machine gun) ou alors, la machine pour la musique électronique. Cette chanson a d'ailleurs été utilisée par notre président, afin de rallier les gens. Il fait appel à d'anciens sentiments, pour mener sa politique. C'est bizarre.

 


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