mercredi , 24 janvier 2018
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Heartland, interview de Pascal Roth


INTERVIEW - Heartland commence lundi avec une panoplie d’artistes qui vont du rock expérimental à l’électronique avantgarde. La fête continue jusqu’à samedi avec des consacrés de l’undergound comme Fuck Buttons et Squarepusher plus quelques noms nouveaux éparpillés entre plusieurs salles à Lausanne, prise d’assaut par cette vague sonore définie comme Gotham. Le directeur du festival, Pascal Roth, explique les détails dans l’interview ici-bas.

Après une dernière édition fastueuse à la Reitschulle à Berne avec la célébration des 15 ans du label canadien Constellation, Heartland revient en terres romandes, cette fois à Lausanne. Conçu à Vevey, où les deux premières versions ont eu lieu à la salle del Castillo, le festival se retrouve errant depuis que cette dernière est en restauration. Le projet compte comme directeur le dj et disquaire Pascal Roth et sa femme Julia comme productrice. «Nous avons dit dès le début que la seule constante dans ce festival serait d’avoir a chaque fois un concept, une ligne directrice», explique le premier. Fruit de leur résidence partagée entre Toronto, au Canada, et Vevey, le couple prépara tout d’abord une édition consacrée à la bouillante scène canadienne indépendante, avec des artistes comme Broken Social Scene et Julie Doiron à l’affiche, en 2010.

L’année suivante, les organisateurs invitèrent le songwriter américain Howe Gelb (Giant Sand) comme curateur d’une édition appelée Blurry blue stories, virée au folk et à la country, avec des artistes comme Lambchop, José Gonzalez et David Pajo. Ensuite, 2012 fut l’année de la consécration à Berne, avec un festival sold out et un public venu de partout en Europe, et même de plus loin, pour fêter les 15 ans du label Constellation, avec des noms comme Godspeed You! Black Emperor, Do Make Say Think et Sandro Perri.

Pascal nous confie cette interview dans son magasin à la rue d’Italie à Vevey, un lieu inouï pour une ville comme celle-ci, avec une sélection d’indie rock, de jazz et d’électronique qui fait plutôt penser à un celle d’un disquaire de choix à Paris, Chicago ou à Londres. Le dj connu sous le nom de Frank Waxman est en pleine préparation des derniers détails pour lancer sa quatrième édition de Heartland, qui commence le lundi 23 septembre. Celle-ci a lieu à Lausanne, entre la salle Métropole, le Romandie, Le Bourg et la salle Paderewski à la cinémathèque suisse. L’affiche est très éclectique et va du rock à l’électronique en passant par le classique, le jazz et l’avantgarde et a comme curateur à Owen Pallett.

Lords of Rock: Quel est l’esprit de cette nouvelle édition de Heartland?

Pascal Roth: Nous en sommes à notre quatrième édition. Pour celle-ci, nous avons choisi la ville de Lausanne et la salle Métropole – comme scène principale – car nous pensons qu’elles correspondent bien à l’esprit qu’on a recherché pour le line-up. Cette année, nous avons compté avec Owen Pallett comme curateur, un artiste plus connu sous le nom de Final Fantasy qui a travaillé auparavant avec Arcade Fire, entre autres, comme arrangeur et violoniste. Nous avons travaillé en équipe avec ce compositeur canadien de talent depuis plus de deux ans car cette édition du festival était prévue pour l’année dernière, mais nous l’avons déplacée car nous avons reçu l’offre exceptionnelle de faire partie de la célébration des 15 ans du label Constellation. Ceci fut plus commode aussi pour Owen Pallett, qui à l’époque était impliqué dans beaucoup de projets. Alors, pour arriver au line up final, cela a été un travail de longue haleine. Pallett le mentionne dans une déclaration: c’est le premier festival dont il est le curateur, personne ne lui a demandé auparavant.

Sous quels critères a-t’il établi le line up?

Le premier nom auquel a pensé Owen Pallett a été celui de Diamanda Galàs qui représente pour lui la notion de l’artiste la plus pure, la plus viscérale et la plus authentique qu’il n’est jamais entendue. C’est une sorte de métaphore de ce qu’il aime le plus en musique. De façon ironique, Owen raconte qu’il aime la pop en théorie mais pas en pratique, ce qui veut dire que, à l’heure d’apprécier la musique en live, il préfère des textures soniques et de l’énergie: une intention musicale, pas juste une chanson avec une histoire. On est loin du songwriting et de la folk…ça c’est ce qu’il n’y aura pas, par contre, il y aura des groupes de rock, punk, électroniques, avant-garde, classiques ou proches du jazz avec une enveloppe sonore qui est beaucoup plus importante que le format de la pop ou de la chanson.

Comment se déroulera le festival?

La semaine démarre avec des artistes qui viennent plutôt d’un univers avant-garde et expérimental, comme Diamanda Galàs, et plus on avance dans la semaine, plus on va vers des horizons rock et électroniques. Sur toute la semaine, nous gardons un esprit assez sombre avec des formes musicales très calmes ou très violentes, mais toujours avec très peu de compromis. Donc, ceci sera rarement un format ‘aimable’ ou ‘radio-friendly’. Il y aura des chansons, bien sûr, mais l’aspect pop ne sera pas une priorité pour la musique. Celle-ci sera sur le son et son émotion.

Le line up sera-t’il plutôt une découverte pour le public lausannois?

Je pense que la plupart de ces groupes feraient un sold out instantané à Berlin ou à New York, à Toronto ou à Tokyo. Nous sommes en Suisse Romande, où les gens sont plus calmes et restent fidèles à leurs média, donc ça peut semblé avant-garde ou risqué. Le fait est que la plupart de notre line up est confirmé, ce sont des gens qui peuvent sembler comme des découvertes au grand public, mais qui sont des gens très respectés et suivis dans leur milieu. John Hassel, le trompettiste qui joue mercredi, est quelqu’un qui a collaboré avec Brain Eno, Robert Wyatt et David Sylvian, entre autres, depuis plus de 25 ans. Fuck Buttons c’est un groupe d’électro très connu en Angleterre quoiqu’il soit considéré comme de l’indie chez nous.

Il y a Squarepusher, qui a influencé même Radiohead…

Squarepusher est un nom curieux car il était connu à la fin des années 90, début 2000, car il appartenait à une décennie de musiques électronique et de drum and bass, mais comme les années récentes sont devenues beaucoup plus rock, il est redevenu pointu. Il était plus populaire avant car il tournait autour de gens comme Aphex Twin, tandis que maintenant il reste un public plus restreint et fidèle qui le suit. Squarepusher reste une référence dans la musique électronique des 20 dernières années. Eyvind Kang a joué comme violoniste avec Laurie Anderson, John Zorn et Tom Waits à New York et travaille maintenant avec Beck. Chris and Cosey sont un couple qui ont fait de l’électro-pop industriel dark avant Depeche Mode et longtemps avant Nine Inch Nails. Ce sont des artistes qui peuvent donner l’impression d’êtres des gens nouveaux mais qui, ailleurs de la Suisse et leur propre univers, ce sont des musiciens très respectés, des références. On a travaillé pendant deux ans avec une centaine de possibilités qui se sont réduites à une vingtaine de noms.

Pourquoi Gotham?

Je sentais la direction qu’on allait prendre d’un point de vue musical avec Owen Pallett. Du coup, je lui ai proposé le terme lorsque nous mangions dans un restaurant chinois. Il nous fallait un concept, une idée, une sorte de logo autour duquel structurer le festival. Alors, j’ai proposé Gotham. Il y a eu un long silence et Owen a accepté. Ceci sans aucun lien avec la bande dessinée ni a Batman. Pour Pallett, c’est une histoire de la sonorité du mot et de ce qu’elle peut évoquer, en termes de magie de la ville imaginaire, sombre et nocturne que peuvent être aussi Babylon, Avalon ou l’Atlantide. Ce sont des villes mythiques qui font rêver, d’où ce line up qui nous emmène ailleurs.


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