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Pully For Noise - Retour sur le dernier jour |
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| Open Air, Pully / Lausanne (CH), samedi 21 août 2010 |
Categories: Concerts
REVIEW Le dernier soir du For Noise comprenait le gros morceau du week-end – The Fall – tout en faisant un périlleux grand écart stylistique. Un jeu de jambe à risque, au point de désarçonner une partie d’un public passioné. Chronique.

Hooligans
Tout commençait bien en ce dernier soir du For Noise, avec un après-midi ensoleillé qui se termina par les californiens de Fools Gold qui nous ont fait danser avec leur univers à la fois tropical et africain, chanté en hébreu / yiddish. Une volonté d’amour entre les peuples qui ne tombe pas dans le cliché des musiques du monde. Et surtout un tube, “Surprise Hotel” joué en fin de concert. Le groupe assume totalement son rôle d’ouverture de soirée en jouant à faible volume sonore ce qui oblige le public à se rapprocher, créant un concert plus intimiste, sans le fameux « demi-cercle » vide devant la scène. Après cette montagne de « positive attitude », nous avons malheureusement dû subir le rock folk peu subtil de Get Well Soon, venant dans la lignée des groupes «à la manière de Arcade Fire ». La où Fanfarlo s’en sort grâce à une composition intéressante et de bons musiciens, GWS semble nous rabâcher toujours la même chanson, encore et encore, sans jamais toucher grand monde. À l’oreille, on me dit même : « ils ont l’air de s’ennuyer autant que le public ». Bref, on tente d’oublier ce mauvais ersatz et on monte à l’Abraxas écouter l’inventive pop colorée et aérienne de Buvette, en grande forme ce soir-là, qui finit donc sa belle tournée des festivals d’été. The Fall et son impressionnant palmarès (30 albums, des milliers de concerts) nous attendaient en bas sur la grande scène. Groupe mythique post-punk de l’Angleterre profonde, j’avoue n’avoir eu aucune idée de ce qui allait arriver. Et bien, je peux vous dire que je n’ai pas été déçu. Tout avec l’arrivée de la section rythmique : deux jeunes hooligans aux bras tatoués et crâne rasé arborant des polos fred perry. Deux gueules de casseurs nourris à la bière et aux bastons de stade. Après 30 secondes de rythmes punks violents, ils sont suivis d’un guitariste au visage fatigué et inexpressif qui entame un riff de deux accords auquel il accorde toute son attention. En même temps arriva la claviériste, une magnifique plante montée sur talons hauts portants à ses bras trois sacs à mains de fausses marques italiennes ainsi qu’un sac H&M qu’elle ne touchera de tout le concert.

Magnifique complet chemise/training
Plusieurs minutes passent et enfin, il arrive sur scène : le grand Mark E. Smith, avec son visage sans émotions, patibulaire, vêtu pour l’occasion d’un magnifique complet chemise/training. L’homme se dirige sans dire un mot vers les trois micros qu’il a sa disposition et fait plusieurs fois mine de commencer, sans succès. Il semble hésiter et ne cesse de mâcher un chewing-gum invisible. Les autres musiciens ne font que de le fixer, se demandant à quel moment celui-ci se décidera à chanter. Quand enfin il se décide, sort de sa gorge une voix agressive, nonchalante, qui ne semble pas avoir été touchée par le temps. Le concert comment donc enfin et on se rend vite compte qu’être musicien pour Mark E. Smith, c’est avant tout être esclave (la majeure partie du répertoire de The Fall étant composée par lui, et lui seul). Sur scène, il n’est pas rare qu’il vienne régler lui-même les amplis, voir couper totalement le son. Il n’hésite pas non plus à placer un de ses trois micros dans une grosse-caisse ou encore les coller contre l’ampli basse, ce qui provoque des larsens. Même si les compositions restent dans un registre punk-rock, en soit assez classique, il y a devant nous cette présence à la fois apathique, instable, autoritaire et en même temps une sorte d’authenticité que seuls les groupes du bas fond de l’Angleterre savent offrir.

Hmmm! je te reverrai bientôt
Jouant plus longtemps que prévu, je remonte l’Abraxas où je découvre un public sous le charme de CallMeKat auquel je n’ai malheureusement pas pu entendre une seule note. Plus tard commençaient The Eighties Matchbox B-Line Disaster, qui offraient un concert sauvage, surfant entre du dark-rockabilly et du hardrock d’époque qui a su se tailler une réputation des plus houleuses. La puissance était au rendez-vous, même si malheureusement il n’y avait un peu que ça, tant le quatuor manque de variété dans ses compositions. L’imprécision générale des deux guitaristes ne joue pas non plus en leur faveur, on aurait préféré un son plus précis, qu’un pseudo attitude « rock’n’roll » droguée. Même si “Celebrate your Mother” résonne dans tout le public comme un hymne, leurs nouvelles compositions me font sérieusement douter de l’avenir, étant très proche d’Iron Maiden et de Manowar. Il fallait ensuite tenter de se frayer un chemin dans la petite salle du For Noise pour espérer voir un bout de Hmmm! Étant au fond, je n’ai malheureusement pu entendre que les complaintes alcoolisées de l’entourage plus que le concert en lui-même (le son provenant principalement du devant de la scène). Hmmm! je te reverrai bientôt. Pour achever cette soirée et littéralement pour nous achever tout court, nous avons eu droit à Moderat (collaboration entre Modselector et Apparat) qui avait pourtant annoncé la fin du projet il y a maintenant un an. Au programme, gros soundsystem, suite d’accords emo et plainte au chant, un mélange à la fois ni touchant, ni vraiment dansant. Difficile de voir un sens à cette musique, à la fois prévisible et déprimante. Assez grande déception sur l’ensemble de la soirée, sûrement due au manque d’homogénéité de la soirée ainsi qu’à la petitesse de la seconde scène, rendue impraticable lors de grande influence. Même si le beau temps était présent, on espère trouver l’année prochaine une programmation avec plus de risque.
Ecrit par Antoine Tille // Photos © Mehdi Benkler - Le 25 aoû 2010
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