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Pully For Noise - Le premier soir

Open Air, Pully / Lausanne (CH), jeudi 19 août 2010

Categories: Concerts

 

l70a64lwl Pully For NoiseREVIEW La première soirée de cette cuvée 2010 du For Noise proposait sur l’affiche une suite de noms à faire rêver le plus flasque des aigris, et sur scène les promesses étaient mille fois remplies.

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Du monde, du beau monde était réuni dans cette espèce de petite cuvette dans les hauts de Pully, qu’il faut contourner pour accéder à l’entrée devant laquelle Steve saluera votre départ en vous promettant une bière si vous revenez le lendemain. Enfin si vous êtes une diva… On retrouve les stands habituels, la pelouse encore quelque peu imbibée des grisailles de ces derniers jours, les fidèles d’année en année. Peu de temps pour se remémorer les grands clashs des années précédentes sur ces mêmes terres que Local Natives enclenche son set. Les gus de Los Angeles offrent des compositions à la fois familières et dérangeantes, où l’ambiance balance des paysages sereins de la petite maison dans la prairie aux devants de discothèques mal fréquentées où les nerfs sont à vifs. Le ton change d’un titre à l’autre, l’aléatoire semble être le maître mot de la prestation, refondant joyeusement leur debut album, « Gorilla Manor », fraîchement sorti et fraîchement admiré par la critique. Local Natives ne ménagent par leurs morceaux en live tout en restant très justes dans les sons balancés, ceci étant d’autant plus étonnant que leurs papillonnages énervés semblent parfois une bonne prise de risques. Ainsi, dur de suivre les mouvements-riffs de Taylor Rice (qui frustra plus d’un imberbe ce soir avec sa magnifique moustache d’une densité hypnotisante), véritable excité se partageant les voix avec Kelcey Ayer. Tout cela apporte un regain d’énergie dont on pouvait quelque peu regretter l’absence sur leur galette, tant l’accent était mis sur la finesse des arrangements. Quoique la fin du set prît quelques airs de redondances. La bande marque aussi par son souci des percussions : la batterie alterne jeux de finesse et tapages hyperactifs et on s’offre même un intermède où chacun se saisit d’un joujou pour une envolée de percussions allègres. Aux placards les traditionnels solos de guitare, Local Natives optent pour d’autres cordes à leur arc.

On enchaîne sec au For Noise. Caribou prendra les rênes de la Grande scène pour les relâcher qu’une petite heure plus tard, alors que les appels de My Heart Belongs To Cecilia Winter se font entendre de l’Abraxas. Mais on ne peut décrocher de Caribou. A peine 8 mois se sont écoulés depuis la venue des Canadiens sous l’arche du Romandie, mais on sent que le dernier marmot de Dan Snaith s’est bien fait rôdé sur scène. Si on pouvait trouver que leur set d’avril n’était que trop peu contrasté à ce qu’on pouvait écouter confortablement chez soi, il en est autrement ce soir, sans non plus sortir trop radicalement des sentiers battus. Regroupés au centre de la scène, en cercle de façon à ce que chacun des quatre acolytes puisse se faire face, chacun en chaussettes comme pour mieux ressentir les tremblements rythmiques de  Brad Weber, aux mimiques concentrées. Ce positionnement décalé a quelque chose de prenant, même si le visuel assuré par les animations en fond sur bâche blanche était moins accrocheur qu’au Romandie, ce qui n’est pas vraiment déplaisant ; on peut alors mieux se canaliser sur les musiciens et la musique. Le set est également plus équilibré ce soir, les titres de « Andorra » et « Swim » se mélangeant cette fois selon une suite certainement mûrement réfléchie. Dan Snaith reste celui qui a le plus la bougeotte instrumentale, lâchant son synthé et ses boutons pour une seconde batterie, certes plus condensée mais qui, liée avec celle de Weber et son drum kit électronique, fait trembler les cages thoraciques jusqu’au dernier rang. L’apothéose viendra avec Sun qui clôt la prestation en osant cette fois plus que toute autre risquer un remodelage scénique ultra-tonique et psychédélique. Caribou a ce soir définitivement rempli ses promesses, laissées encore bancales à l’heure du Romandie.

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Mouvement de foule massif en direction de l’Abraxas, petite scène en intérieure qui aura du mal à contenir le succès de My Heart Belongs to Cecilia Winter, qui confirme alors que le trio de la Limmat méritait haut la main sa place sur la Grande scène. Chaleur étouffante magnifiée par le retour brûlant des tireuses à bière en pleine face, on ne voyait pas l’ombre d’un poil de mouton depuis le fond de la scène. Le cœur saignant, on passe notre tour pour découvrir les autres festivités offertes par le For Noise. Après tout MHBTCW flâne et flânera encore sur toutes les scènes de la Suisse, tant ils/elle sont demandé-e-s. Pas loin de l’entrée de l’Abraxas, une bande de joyeux drilles du doux nom de Riond et les groupies vous propose un petit exercice de karaoké-rétro pour vous mettre du baume au cœur. On osera tout de même retenter l’aventure Abraxas une dernière fois, et avec succès. Trois derniers titres pour se mordre les doigts de n’avoir pas pu percer l’assistance plus tôt : My Heart… offre ces mélodies mélancoliques à en devenir des hymnes qui peuvent tenter d’arriver à la cheville d’Arcade Fire, version « Funeral ». Du dream-pop qui donne des papillons dans le ventre tout en se laissant aller parfois à du lo-fi brumeux. Un beau mélange finement dosé. On ne peut que comprendre l’engouement. Mais la fin du set se voit quelque peu molesté par des problèmes de son (récurrences annuelles dans cette scène de l’Abraxas) allant jusqu’à sévèrement énerver le meneur de jeu qui lance alors en dernière intrigue une chanson en acoustique sous la fougue du public. On tient quelque chose, c’est certain.

Jonsi (photo) s’annonce quant à lui sur la grande scène. Toutes plumes dehors, un concentré d’émotions nous chope au tournant. S’il est toujours difficile de comprendre les épopées solo soit-disant temporaires d’un artiste loin de sa formation initiale, on saisit néanmoins à l’écoute de « Go » que cette infidélité à Sigur Ros lui permet d’aller plus en avant dans l’expérimentation à l’aide de musiciens fort habiles maniant des instruments aux noms inconnus de la plupart. D’où vous rapporter l’inénarrable. Sur scène, Jonsi redistribue les vibrations de son album avec une force sur-puissante plus quelques nouvelles chansons, le tout sur fond visuel travaillé. On ne pouvait se douter qu’il se cachait encore tant de choses derrière des titres comme Kolniòur ou Boy Lilikoi, on pensait pourtant en avoir fait le tour de cet album. Déçu en bien, comme on dit ici. Frissons et silences respectueux seront le lot du public, quasiment tétanisé par tant de regards communicatifs de la part de Jonsi et ses acolytes. Ovation, ovation, ovation. Cette soirée au Pully fut la gloire des batteurs : Local Natives, Caribou et Jonsi offraient des génies en la matière, de véritables Shiva avec quatre bras et autant de pieds. Fini le rôle archaïque du pur maintien de la structure. Pully, mon amour, on ne peut que se réjouir de te retrouver ce soir.


Ecrit par Stéphanie Monay, Nevena Puljic et Antoine Tille - Le 23 aoû 2010




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