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Luke - En Interview |
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| Interview réalisé dans le cadre de l'Estivale à Estavayer |
Categories: Interviews
Interview Fin d’après-midi à Estavayer, le soleil tape, tout le monde s’active et règle les derniers détails avant que les festivaliers entrent sur le site de l’Estivale. De notre côté, nous rencontrons Thomas Boulard le chanteur de Luke qui répond à quelques questions. Plus tard dans la soirée, Thomas et ses musiciens livreront une prestation remarquable et énergique pour le plus grand plaisir des spectateurs.

” AC/DC c’est pas très rock pour moi “
Lords : Comment se passe cette tournée et quels bons moments retiens-tu lors de ces derniers concerts ?
Thomas : Alors pour nous c’est encore le début de la tournée, ça se passe très bien. Je suis étonné de la bonne diffusion des morceaux et de voir les gens chanter, réagir et connaître nos paroles. Sinon, j’observe le circuit des dates de concert, on observe toujours ce monde de la musique qui est si intéressant.
Tu as répondu en partie à ma seconde question…
Alors oui, c’est mon gros problème, je réponds toujours à plusieurs questions à la fois….
Mais je te la pose quand même, je voulais savoir comment réagissait le public par rapport aux nouvelles chansons de l’album D’AUTRE PART ?
Alors j’ai eu peur au début, car je suis allé voir sur internet et il y avait pas mal de réactions lorsque le premier single est sorti. C’était principalement les fans du côté très bruitiste du groupe, qui est un côté que l’on ne renie pas et qu’on fait encore, mais j’étais un peu déçu et surpris des réactions face aux côté sensible et féminin de la chanson. Et finalement, j’étais plutôt agréablement surpris de la réaction des médias et des journalistes, car on fait quand même du rock populaire, pas très snob et c’est vrai qu’en France il y a certains journalistes avec qui je n’avais pas vraiment de lien qui ont compris notre musique.
Justement ce dernier album est moins rock que les précédents et je voulais savoir si c’était un choix délibéré de la part du groupe de faire quelque chose de plus tranquille, une sorte d’évolution au fil des albums, ou si c’est un peu par hasard lorsque tu as composé que tu as fais des chansons plus légères ?
Alors c’est délicat, je ne sais pas si le débat est très intéressant, mais je trouve que ce côté rock est difficile à faire évoluer. En tout cas en France, car ici en Suisse ou en Belgique, vous avez une culture plus anglo-saxonne, même si la France est en train d’y venir et un peu trop vite à mon goût. Bref, mais tu voix pour moi lorsque Tom Waits joue au piano tout seul, c’est très rock. Arcade Fire c’est très rock. AC/DC c’est pas très rock pour moi par exemple. C’est ça tout le problème de l’appellation « Rock ». Effectivement pour tout le commun des mortels, ils vont voir les mecs à fond sur les guitares etc…, mais pour moi ce n’est pas ça le rock. Et c’est d’autant moins rock que c’est devenu des stéréotypes éculés qui sont véhiculés par des marques de fringues et qui sont devenus un langage quasiment universel. Et du coup, on a essayé de faire du rock différemment, mais que ce soit encore vraiment rock. Je n’écoute pas beaucoup nos disques, mais il se trouve que je l’ai réécouté hier dans le train et je le trouve très rock dans la manière de traiter les arrangements, dans la manière de construire un morceau et d’aborder les sujets. En revanche, il y a un truc qui parait plus évident à l’écoute, c’est le côté chanson. Pourtant j’ai toujours dans les interviews que je faisais des chansons et pas forcément du rock, du machin ou du bidule. Ca reste des mélodies qui rencontrent des textes. Partant de là, est-ce que c’était une volonté de départ, oui. Il y a aussi le fait de vieillir dans le bon sens du terme, il y a une autre vision du monde avec peut-être plus de subtilités. Et moi j’avais envie de retrouver un peu cette culture française.
A propos du rock en France, je lisais dans le Rock n Folk de ce mois, un débat sur l’état actuel du rock français. Naturellement, l’éventuel et hypothétique retour de Noir Désir, mais ce qui m’a surpris, c’est que sur 3 pages à aucun moment des groupes comme Luke et Eiffel ne sont cités. Les seuls nouveaux groupes sont les BB Brunes, les Naast, les Shades etc… Pourquoi ?
Alors si il y a bien une personne qui ne nous aime pas, c’est Manoeuvre. Il doit avoir une dent contre nous depuis le début. Je ne sais pas pourquoi, il faut lui demander. Si il y a un groupe dont il ne veut pas parler, c’est Luke. Il l’a dit à notre maison de disque, les choses sont claires.
Et c’est pareil pour Eiffel ?
En l’occurrence, il n’en a pas parlé non plus. Il me semble qu’il ne fait pas de chroniques de disque non plus. C’est un peu délicat, mais moi ce que j’ai à vendre, c’est moins facile que ce qu’il a lui à vendre. Moi ce que j’ai à vendre, c’est des chansons, c’est moi qui les écris, c’est moi qui les fais. Lui, on ne sait pas trop.
Et quel est donc ton regard sur le rock français ?
En ce qui concerne le rock français, c’est bizarre ce qu’il s’est passé avec Noir Dez parce qu’au bout du compte il y a tout un pan, un bourgeonnement de l’inspiration Noir Désir et Mano Negra qui s’est crée. Il y a nous, Eiffel, Deportivo. Avec chacun des directions différentes. Eiffel c’est différent de nous, actuellement Deportivo travaille sur un nouvel album qui sera aussi très différent que ce qu’on fait. Les Louise Attaque ont fait des trucs aussi différents, Gaëtan fait aussi d’autres choses, mais tout cet embranchement vient de Noir Désir et de la Mano. Et je le trouve très récréatif et intéressant et tout d’un coup cette partie de l’arbre est en train de s’arrêter tout net pour passer directement à…. BB Brunes, très bien. Et puis après, c’est terminé, on passe aux groupes qui chantent en anglais. Et pour moi, ce ne sont pas des groupes français, mais anglais. C’est vraiment étrange ce qu’il se passe. Ce que je trouvais profond avec ce rock français des années 80 avec Noir Dez, la Mano et Téléphone, c’est que c’est un rock qui n’est pas « m’as-tu vu », c’est un rock qui n’est pas dans les fringues avec des gens qui sont habillé la même chose à la ville comme à la scène. Et le rock actuel, ce n’est plus vraiment ça, ce n’est plus ma génération. Ce côté « acting » ce n’est pas trop mon truc et je le trouve très anglo-saxon.

” Je pense que c’est un métier qui rend fou “
Revenons à l’album, qui est cette jeune chanteuse, Adella que l’on entend sur le single, “Pense à Moi” ?
C’est tout simplement la copine de l’assistant à l’ingénieur du son dans le studio où l’on a enregistré. J’avais besoin d’une voix féminine, la maison de disque m’a proposé des noms aussi farfelu les uns que les autres. Parfois des gens connu, mais que je ne connaissais pas personnellement et j’ai demandé si quelqu’un connaissait une chanteuse et puis ça s’est fait comme ça, c’était super, on a gardé.
Ce soir festival open air, qu’est-ce que tu préfères comme genre de concert ? Plutôt festival en pleine nature ou l’ambiance plus alternative des petites salles de concerts ?
C’est délicat comme question, parce que les deux sont vachement biens. Ce soir c’est assez limité pour les DB, mais sinon on peut mettre pas mal de puissance. Du moment qu’il n’y a pas trop de vent. C’est peut-être mieux pour les spectateurs que pour les musiciens. Sinon les salles de concert c’est super, parce que tu as l’énergie rock, toutes les subtilités, les changements de ton et de couleur. La palette est plus large, plus riche. Dehors il faut resserrer les personnages, un peu comme au théâtre.
Vous venez régulièrement en Suisse, vous serez cet automne à Lausanne, est-ce que vous ressentez une différence entre le public suisse et français ?
Oui, bien sur qu’il y a une différence. C’est d’ailleurs la même qu’il y a entre les Français et les Suisses en général. Ta personnalité est déterminée un peu en fonction d’où tu habites, de ton lieu de vie. J’ai l’impression de venir d’un pays du tiers monde lorsque j’arrive en Suisse. Les conditions sont ultra luxe, l’endroit est incroyable… J’étais en vacances en Normandie profonde, quand on arrive là, c’est pas pareil, on se prend une claque. Alors le public est différent, là je le trouve plus attentiste car on est un groupe en découverte, on est moins connu. Même si le morceau passe beaucoup à la radio, il faut encore convaincre, prendre son bâton de pèlerin.
Quels sont tes derniers coup de cœur musicaux, tes découvertes ou les derniers albums que tu as acheté ?
Gorillaz, tout le monde dit qu’il est moins bien, moi je le trouve extraordinaire. Un vrai disque de rap, west-coast remis à la sauce pop. Mais tu sais, j’écoute très peu de disques contemporains. Ce n’est pas par snobisme, mais je pense que c’est un métier qui rend fou et si je commence à écouter ce qu’il se fait actuellement, je vais être à la recherche de nouveauté et être soit énervé parce que ce n’est pas bien et que ça passe à la radio, ou soit énervé parce que c’est trop bien et que c’est quelque chose que j’aurai aimé faire. Dans les deux cas, je le vis assez mal et je préfère écouter des vieilles choses dans le classique ou dans le jazz.
Qu’est-ce qu’on peut souhaiter à Luke pour la suite ?
Souhaiter une longue vie c’est pas mal. Et souhaiter que les gens continue à nous prêter leur oreille, c’est aussi pas mal.
Ecrit par Anthony Golay - Le 04 aoû 2010
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