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Chapelier Fou - Interview exclusive

Interview réalisée dans le cadre du Paléo Festival, Nyon (CH)

Categories: Interviews

 

INTERVIEW Chapelier Fou a sorti un premier album remarqué début mars. Sa musique, particulière, a su attirer l’attention d’un public grandissant. Le concert à Paléo le prouvait à merveille. Après un set plus que réussi sous la tente du Détour, le nouveau prodige classico-électronique, de son vrai nom Louis Warynski, s’entretenait avec Lords of Rock.

image4cpc Chapelier Fou

Lords of Rock : Qui es-tu ?

Louis Warynski : Qui suis-je ? Je m’appelle Louis et je fais de la musique sous le nom de Chapelier Fou. J’ai 26 ans. Je suis Français, de Metz. Violoniste de formation et prof de formation musicale. J’ai commencé moi-même comme musicien amateur depuis quelque temps et ça commence à marcher de plus en plus. La musique a un peu remplacé l’enseignement pour moi.

Lords of Rock : D’autres projets avant Chapelier Fou ?

Louis Warynski : Oui, j’ai eu des groupes. Pas connus mais des groupes quand même (rires).

Lords of Rock : Ca t’a fait sûrement drôle de t’être retrouvé seul sur scène…

Louis Warynski : Oui, oui ! Complètement. C’est très spécial.

Lords of Rock : Comment décrirais-tu un show de Chapelier Fou pour ceux n’ayant pas eu la chance d’être là ce soir ?

Louis Warynski : En gros, c’est un mec essayant de faire un maximum de choses tout seul. Faire une performance la plus vivante possible, en mélangeant électronique et instruments. J’ai une approche très « live » de tout ce que je fais. Concrètement, je séquence toutes la partie électronique à la main et j’essaye d’avoir un minimum de choses préenregistrées. Aucune ligne temporelle prédéfinie et des boucles avec un violon, une guitare et un clavier.

Lords of Rock : Ton univers semble énigmatique : le nom de Chapelier Fou, ton album 613…

Louis Warynski : Je fais une musique instrumentale. J’aime bien suggérer et me limiter à ne donner que des pistes. J’aime les titres énigmatiques, les morceaux déstructurés. Faire appel à l’imaginaire de l’auditeur, proposer quelque chose à facettes multiples. Que tu puisses l’écouter chez toi ou pas, fort ou pas fort, en concert ou non. J’essaie de mettre beaucoup dans mes morceaux, ainsi on peut se concentrer sur divers aspects. Il y a des choses évidentes : des mélodies assez faciles. Mais aussi des arrangements fouillés, des sons cachés, des trucs un peu étranges. On peut entendre un côté très expérimental dans ma musique.

Lords of Rock : Le « hors piste musical dans un pays balisé comme la France » (citation des Inrocks), c’est pas trop dur ?

 Louis Warynski : (Rires) Oui, bon, on ne choisit pas ce qu’on fait. C’est sûr que ma musique ne ressemble pas à grand-chose. Pour moi, un musicien doit proposer quelque chose de nouveau. C’est pas forcément mauvais non plus quand ça rentre complètement dans des cases mais moi ça ne m’intéresse pas. Ca n’empêche pas que j’aime beaucoup écouter des trucs hyper caractérisés. Ca vient peut-être de mon vécu de prof ou de musicien classique, d’être passionné par les compositeurs contemporains. L’expérimentation m’intéresse, la recherche !

Lords of Rock : En écoutant ton album, on pense souvent à une BO. Il suggère énormément d’images. Toi-même, tu avais un univers ou des images en tête en particulier lors de la composition ?

Louis Warynski : Moi, non ! Il y a des gens « visuels », moi je n’arrive pas à imaginer des images. En tous les cas, je n’avais rien de spécial en tête ou alors juste une idée, une impression. Je préfère laisser le champ libre.

chapeluou Chapelier Fou

Lords of Rock : Tu aurais rejoint The Third Eye Foundation avec Yann Thiersen et Matt Eliott. Quel est ce projet ?

Louis Warynski : Yann Thiersen n’est finalement pas venu. Il a eu quelques soucis. « The Third Eye Foundation » est un groupe phare des années 90, en trip-hop, drum’n’bass ! C’est le premier projet de Matt Eliott en fait. Il l’a commencé alors qu’il était encore à Bristol. Pour moi c’est une référence dans la musique électronique très sombre, pleine de samples de voix d’opéra. Il a une sensibilité proche de la mienne. J’en suis très fan. Je l’ai rencontré comme « Matt Eliott », il fait de la musique complètement différente aujourd’hui. Malgré tout, il va sortir un nouvel album de Third Eye Foundation. On a fait un peu de musique ensemble, il chante sur mon disque et on a été en tournée pour ce projet justement afin de présenter le nouvel album. J’étais très flatté qu’il me le propose !

Lords of Rock : Comment s’est passée cette rencontre justement ? Tu nous dis être fan…

Louis Warynski : J’ai signé chez « Ici d’ailleurs » et en feuilletant le « catalogue », j’ai flashé sur Matt Eliott. Je ne savais pas qu’il était à la base de Third Eye Foundation. Je l’ai rencontré au sein du label et plus tard je me suis rendu compte qui il était. J’étais tout fou mais en même temps je l’avais connu avant de le savoir. Et puis il m’a proposé de jouer avec lui…On se connaissait mais on avait jamais joué ensemble. C’était une espèce de coup de poker ! On s’est retrouvé en Espagne avec trois jours de répète et quatre jours de concerts. Incroyable. Il y avait quatre ordinateurs. Je faisais du bouzouki, du violon et des claviers. Matt était à la guitare, au chant et à l’ordinateur. Et deux amis à lui, Chris Adams et Chris Cole, respectivement Manyfingers et Good. Ils faisaient du violoncelle, des claviers, de la basse. Complètement fou vraiment ! Quarante-cinq minutes non stop de drum’n’bass très noize…

Lords of Rock : C’est intéressant cette contradiction chez toi : écouter autant de la drum que de la musique classique, par exemple.

Louis Warynski : Oui ! C’est peut-être pourquoi je fais la musique que je fais. J’écoute un milliard de trucs différents : de l’électro très dure et très expérimentale, beaucoup de rock psyché, fan de Sonic Youth,… Ouvert mais très difficile en fait dans mes goûts. Disons que je n’ai pas un genre. J’écoute aussi bien du rap que Claude Debussy. Il y a de la qualité partout. Je ne place pas la musique classique au dessus des autres. C’est autre chose…


Ecrit par Nevena Puljic - Le 12 aoû 2010




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